Quelle suite après Copenhague?
Dès New Delhi en 2002, des discussions ont été lancées concernant la période suivant l’échéance de la première période d’engagement du protocole de Kyoto en 2012. Une sorte de percée a été réussie en 2007 (COP 13) à Bali lorsque les Etats se sont mis d’accord sur une ambitieuse feuille de route (Bali Road Map). Les positions sont pourtant bloquées depuis sur des questions centrales et la conférence climatique du mois de décembre l’an passé n’a pas été non plus en mesure de faire avancer les choses malgré des attentes très élevées, toutefois il ne faut peut-être pas juger les résultats trop négativement comme c’est souvent le cas dans le premier moment de déception.
Les attentes à Copenhague étaient élevées: 193 pays auraient dû fin 2009 d’une seule voix élaborer un accord ambitionné juridiquement valable pour succéder au protocole de Kyoto, ou au moins faire disparaître les blocages entre les différents blocs avec un accord politique fort.
Après dix jours de négociations au ralenti avec de nombreux hauts et bas et aussi quelques éclats, la direction danoise des négociations a mis en place un groupe de 26 pays («friends of the chair»), lesquels couvrent plus de 80% des émissions, plus de 80% de la population mondiale et tous les groupes d’intérêts pertinents. Ce groupe a élaboré un accord comprenant un compromis pour une entente purement politique entre les pays produisant le plus d’émissions. Le «deal» décisif a été conclu d’après les rapports des médias dans la chambre d’hôtel du Premier Ministre chinois avec les Etats-Unis, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. Lors du vote de clôture, la proposition a été torpillée par 5 pays en grande partie proches de l’OPEP, le Venezuela, le Soudan, la Bolivie, le Nicaragua et Cuba, si bien que l’ONU en raison de la règle de l’unanimité a finalement dû se contenter de «prendre note» de «l’accord».
Cette situation laisse de nombreuses questions sans réponses, également au sujet du statut juridique du dit «accord». Bien que les possibilités de Copenhague aient été surestimées, il convient ici de ne pas non plus sous-estimer les résultats intermédiaires:
- La limite de l’augmentation de la température à 2 degrés a été reconnue par les pays avec 80% des émissions
- Ces pays se sont mis d’accord sur un soutien financier et technologique relativement important des pays les plus touchés (chaque année 100 milliards jusqu’en 2020 et aides à court terme de 10 milliards par an entre 2010 et 2012)
- Les pays récemment industrialisés se sont laissé convaincre par un reporting régulier d’après des normes nationales. S’ils reçoivent de l’argent pour des mesures nationales, les règles internationales sont alors applicables.
- Les pays du monde entier ont revu et amélioré grâce à Copenhague leurs plans d’action nationaux et leurs objectifs de financement. Ce qui a permis de placer dans le monde entier d’importants aiguillages en faveur d’une croissance compatible avec le climat.
- Les ralentissements renforcent la pression pour des solutions et des offres plus ambitionnées, également dans des processus parallèles (G20, MEF, bilatéral, UE).
Conclusion: Il existe aussi un autre visage de Copenhague: la prise de conscience des chances et des options pour une économie respectueuse du climat a fait un bond en avant depuis 2007. Le potentiel économique et technologique dans l’observation de la limite des 2 degrés est présent, la demande de produits et de prestations de services respectueux du climat augmente. Une large percée réclame encore des conditions cadre nationales et internationales pour poser rapidement les impulsions décisives et réduire les distorsions de concurrence.
Signification pour la Suisse
Les pays ont pu annoncer leurs objectifs de réduction pour 2020 jusqu’à fin janvier pour le dépôt de l’accord auprès du secrétariat aux changements climatiques (CCNUCC). La Suisse à décidé d’adapter la position de l’UE sous réserve des consultations au parlement (réduction de 20% d'ici 2020 en regard de 1990. La réduction peut être augmentée à 30% si des autres pays industrialisés et émergents décident aussi des réductions notables).
Les consultations au parlement sont quelque peu plus optimistes actuellement: la majorité de la commission pré-consultative a décidé en début d’année d’un objectif de réduction équilibré et plus ambitionné de 20% sur le territoire national et d’une compétence du Conseil fédéral en accord avec les développements internationaux, pour une réduction jusqu’à 40%, dont une partie (75% de l’augmentation) à l’étranger. Les débats au parlement sont ainsi ouverts.
Une chose est sûre, la Suisse se rallierait avec une politique climatique plus ambitionnée après Copenhague aux pays plus ambitionnés de l’UE ou également au Japon, qui misent désormais plus que jamais sur des objectifs de réduction ambitionnés sur le territoire national et à l’étranger à des fins d’encouragement du site et de l’exportation, aussi dans le but de ne pas être dépassés par la Chine ou les Etats-Unis. Ces pays espèrent en outre rallier aussi rapidement que possible les pays récemment industrialisés et s’imposer au niveau international. Ainsi le gouvernement noir-jaune en Allemagne mise sur une réduction totale de 40% d’ici 2020.
Concernant la limite des 2 degrés
Les plus importants émetteurs ont été en mesure de se mettre d'accord sur la limitation du réchauffement de la planète à 2°C par rapport au niveau avant l'ère industrielle (limite de 2°C). Pour respecter ce scénario ne serait-ce qu'avec une certaine vraisemblance (env. 66 pour cent), le rapport IPCC 2008 préconcise qu'une réduction de 25 à 40 pour cent par rapport à 2000 soit rapidement mise en place dans les pays industrialisés et dans les pays récemment industrialisés face au "business as usual". Il faut ensuite d'ici 2050 dans le monde entier un abaissement de 50 à 85 pour cent, et même plus encore d'après les derniers résultats scientifiques (rapport de Copenhague). Les Etats insulaires concernés exigent une limitation à 1.5°C, ce qui est exprimé dans l’accord avec l’expression de vérification des objectifs en 2015.
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