La COP des signaux – après Glasgow, quelles conséquences pour les entreprises?

Avant même sa tenue, la COP26 à Glasgow a suscité quantité d’attentes et d’espoirs. Mais les articles sur son déroulement et l’appréciation du «Glasgow Climate Pact» ont surtout exprimé de la désillusion. Toutefois, Franziska Heidenreich et Frank Helbig, qui ont participé à la conférence pour myclimate, ne partagent ce constat que dans une certaine mesure. Dans cette analyse de myclimate sur la 26e conférence sur le climat, les deux spécialistes estiment que Glasgow envoie des signaux. De nombreuses règles importantes ont été adoptées, des accords ont été conclus et, surtout, l’importance du secteur privé a été mise en avant et ses possibilités d’action précisées.

Principaux enseignements de Glasgow

  • Conclu il y a six ans, l’Accord de Paris sur le climat a maintenant été exploré dans son intégralité, et les règles en matière de protection du climat sont bien définies.
  • Cette COP a envoyé des signaux clairs et déterminants pour la politique climatique internationale, mais aussi et surtout pour nos futures actions individuelles. Pour la première fois de l’histoire des négociations internationales sur le climat, tous les États ont reconnu la cause du changement climatique: la combustion des énergies fossiles. Le Pacte de Glasgow sur le climat appelle à une diminution du recours au carbone.
  • De même, il a été décidé de réduire considérablement les émissions de méthane d’ici 2030, tandis qu’un large consensus a été trouvé sur la préservation et la protection des forêts.
  • La neutralité climatique est maintenant devenue la norme à l’échelle des États!
  • L'objectif de 1,5°C est maintenu
  • Le rôle et l’importance du secteur privé (entreprises et particuliers) ont été confirmés une nouvelle fois. Ces actions volontaires supplémentaires contribuent de manière décisive, et surtout peu coûteuse, à la réalisation des objectifs.

La 26e Conférence des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) était un événement particulier soumis à des conditions particulières - pour ne pas dire des restrictions. En effet, cette conférence de deux semaines s’est tenue en pleine pandémie de Covid-19, mais elle a tout de même atteint un nombre record de plus de 40’000 participants inscrits. L’intérêt du public pour la protection du climat, qui s’est manifesté par des pressions croissantes de la société civile (en particulier les jeunes du monde entier) et des acteurs économiques, qui exigent des règles et un cadre clairs, a dicté le tempo de la COP26. Ce sentiment était bien perceptible dans les couloirs entre les hémicycles et les salles de réunion des délégués. La volonté de coopérer était évidente, tout comme l’empressement à ne pas laisser passer une année de plus sans convenir au moins des conditions cadres pour la protection du climat et de l’article définissant une protection du climat fondée sur le marché, une étape qui aurait dû être franchie depuis longtemps.

Et maintenant? Même si tous les objectifs annoncés lors de la COP de Glasgow sont respectés – et le passé a montré que l’optimisme béat n’est pas vraiment de mise –, nous restons encore très éloignés de l’objectif de 1,5°C. Le financement du climat, notre solde de CO2 restant très limité compte tenu du temps écoulé et la tâche toujours aussi colossale de transformer nos économies sont autant de raisons légitimes qui expliquent les vives critiques dont ont fait l’objet les annonces et les décisions à l’issue de Glasgow ainsi que la déception prédominante. Il n’y a pas eu de grand pas en avant.

Mais en espérer un, c’était déjà avoir des attentes trop élevées. En effet, cet instrument de la politique climatique mondiale n’a pas été créé pour produire de telles avancées. La COP26 était une conférence de travail pendant laquelle le secrétariat (CCNUCC) et les États participants s’en sont tenus à leur mandat défini en termes clairs et aux programmes de travail correspondants. En somme, une conférence ponctuée de petits pas et de mesures et d’accords de portée limitée. Du point de vue de myclimate, les évolutions principales sont les suivantes:

Règles pour une protection du climat fondée sur le marché (article 6 de l’Accord de Paris sur le climat)

Surtout définie à l’article 6 de l’Accord de Paris sur le climat, la thématique des approches fondées sur le marché a fait l’objet de négociations au cours des dernières années. Celles des deux dernières conférences sur le climat ont été particulièrement âpres, et ce n’est que cette année que les États membres ont pu, en grande pompe et grâce au talent des diplomates, se mettre d’accord sur un texte au tout dernier moment. À l’aune des négociations internationales sur le climat, on pourrait presque parler d’heure de gloire! Les règles régissant la mise en œuvre de cette importante composante de l’Accord de Paris sur le climat sont maintenant définies, six ans après l’adoption de celui-ci. Il incombe désormais aux États, aux entreprises et à la société – bref, à chacun de nous – d’agir sur la base de ces dispositions et des connaissances disponibles, toujours plus approfondies.

Les personnes et les entreprises enthousiastes peuvent apporter une contribution précieuse à cet égard. C’est d’ailleurs pour ces groupes, entre autres, que des rôles et des règles ont été définis lors de cette COP, pendant les discussions sur l’article 6 dans le cadre de l’Accord sur le Climat de Paris. Mais qu’est-ce que cela signifie pour la protection du climat volontaire et le concept de compensation?

Rôle du secteur privé sur le marché volontaire du carbone

Les effets de la protection volontaire du climat sous forme de compensations carbone et d’un soutien aux projets de réduction n’ont jamais été aussi importants (voir le dernier rapport «State of the Voluntary Carbon Markets 2020»). C’est également ce que confirme sans ambiguïté le dernier Rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Il ne s’agit pas d’un «effet secondaire sympathique», mais d’un aspect extrêmement important. En effet, quand bien même toutes les promesses au niveau national et international seraient tenues, le temps et le budget disponibles pour le climat restent toujours bien en-deçà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs fixés.

Il faut prendre des mesures volontaires supplémentaires qui soient efficaces afin de soutenir les efforts de la communauté internationale. Et, dans ce domaine aussi, nous connaissons une année de tous les superlatifs: Mark Carney, représentant spécial de l’ONU pour l’action climatique et la finance, a déclaré que dans le cadre de la Glasgow Financial Alliance for Net-Zero, plus de 450 entreprises du monde de la finance, représentant une valeur d’investissement d’environ 130 billions de dollars, se sont engagées à atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Cela signifie zéro net d’ici le milieu du siècle. Le secteur privé prend de plus en plus conscience de son rôle et de ses leviers à disposition.

L’objectif est désormais de traduire ce rôle en des mesures intègres et de qualité. Il est bien évident que ces fonds ne serviront pas simplement à embellir des bilans climatiques sur place, mais à montrer que chaque acteur du marché ne ménage pas ses efforts pour éviter les émissions évitables, y compris dans ses propres chaînes d’approvisionnement, pour compenser les émissions qui ne sont pas (encore) évitables et pour soutenir activement des projets efficaces.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour la compensation et la protection du climat volontaire?

Certains pans de la société civile et des «jeunes pour le climat» n’interprètent pas toujours correctement les contributions indispensables de l’économie. Pendant la COP, Greta Thunberg a qualifié les approches fondées sur le marché de «greenwashing». Sur ce point, il faut une communication forte et commune. Tant les entreprises que les organismes les soutenant, dont myclimate, doivent s’adresser encore davantage à la société avec intégrité, transparence et des messages clairs. Il est évident que seuls des mécanismes de marché permettront d’atteindre à moindre coût les objectifs de réduction des émissions, qui sont si urgents. Les marchés du carbone peuvent contribuer à la protection du climat et à la réalisation d’objectifs climatiques ambitieux – POUR AUTANT qu’il existe des règles claires et transparentes!

Il y a dix ans, le label «climatiquement neutre» était attribué à des entreprises particulièrement engagées. Aujourd’hui, cet engagement est devenu ordinaire. C’est pourquoi les remises en question se multiplient, et certaines d’entre elles sont tout à fait justifiées. Les années à venir exigeront davantage d’efforts de notre part à tous, et les règles qui peuvent désormais être invoquées sur le marché volontaire permettront de simplifier cette tâche.

Autres conclusions et impressions de la COP26

Cette conférence a été marquée par une pléthore de grandes annonces. Il y a eu par exemple la déclaration pour la préservation et la protection des forêts, le Global Methane Pledge, qui promet une réduction de 30% des émissions de méthane (gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2) d’ici 2030 ou encore une déclaration pour l’arrêt des nouvelles homologations de moteurs à combustion à partir de 2035. Bien d’autres alliances, annonces et projets complètent ce tableau.

Des pays comme l’Inde et les Émirats arabes unis ont annoncé leur objectif de parvenir au zéro émission nette. La neutralité climatique est maintenant devenue la norme à l’échelle des États! Les États-Unis et la Chine se sont engagés à renforcer leur coopération pour l’abandon progressif du charbon.

Il s’agit d’initiatives importantes, mais elles nous permettent surtout de bien saisir l’état d’esprit de cette manifestation. Les participants voulaient parvenir à des résultats. Or, dans ce genre de cadre, le meilleur moyen d’y arriver est de forger des alliances et d’annoncer des objectifs. Soit dit en passant, c’est la première fois depuis l’industrialisation que la communauté internationale se met d’accord pour limiter le réchauffement planétaire d’ici 2100 à moins de 2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle. Mais ceci ne sera possible que si toutes les annonces se concrétisent. Bien sûr, il y a parfois un fossé entre les paroles et les actes, mais le fait de formuler pour la première fois cet engagement par écrit est déjà un bon début. Certes, cette étape arrive tardivement et après beaucoup de temps perdu, mais il n’est pas encore trop tard pour protéger le climat.

Que s’est-il passé d’autre?  

Pour des organisations observatrices comme myclimate, ce qui se déroule en marge des négociations des délégués, lors des «manifestations parallèles», est passionnant à de nombreux égards. C’est là que des pays et des organismes nationaux et internationaux présentent leurs approches en matière de protection du climat. Les pavillons accueillent toutes sortes de tables rondes, de conférences et d’ateliers livrant aux visiteurs un tour d’horizon actuel des stratégies d’atténuation et d’adaptation.

À Glasgow, l’accent a surtout été mis sur le rôle de la nature, de la jeunesse et des populations autochtones. Des échanges ont été organisés aussi bien sur le rôle des alliés naturels contre le CO2, tels que les forêts et le charbon végétal, que sur les possibilités de la technologie de piégeage et stockage du carbone. Comment relier les émissions évitées grâce aux projets des marais aux futurs efforts en matière de protection du climat? Un vif débat a été engagé sur ce qui peut être considéré comme «zéro net» (au sens de l’initiative science-based targets), climatiquement neutre, neutre en carbone ou positif pour le climat. myclimate a pris part à un grand nombre de ces événements ainsi qu’aux discussions. Nous avons ainsi pu glaner quantité de nouvelles idées et suggestions afin de continuer à mettre en œuvre, à vos côtés, des mesures ciblées là où elles produisent le plus d’effets.

Synthèse: une COP des signaux

Finalement, quel bilan tirer de la COP de cette année? Elle a envoyé des signaux clairs. Grâce à elle, les objectifs sont restés atteignables et les ambitions se sont renforcées. La conférence sur le climat a montré, et déclaré expressément, que le secteur privé était plus indispensable que jamais.

Il s’agit maintenant de transformer ces signaux en résultats tangibles. En effet, même si notre bilan est loin d’être entièrement négatif et que nous ne voulons pas amplifier la «cacophonie» générale, nous ne fermons pas les yeux sur la réalité. Le grande transition vers le «zéro émission nette» reste encore à accomplir. Le «Glasgow Climate Pact» suffira-t-il pour définir les contours de cette tâche herculéenne? La réponse est non. Mais (?) le «greenwishing», c’est-à-dire des objectifs et des visions de la société vagues, peut-être souhaitables mais non réalisables, de la classe politique et des ONG, ne fera pas non plus avancer la protection du climat.

C’est pourquoi il est d’autant plus important que, au-delà des conférences sur le climat des Nations unies, le secteur privé promeuve la protection du climat – de manière ambitieuse, en faisant preuve de responsabilité, avec une incitation adéquate et, surtout, rapidement. Selon certains, nous aurions déjà passé le pic des émissions mondiales. Maintenant, il faut aller toujours plus loin et ensemble pour arriver au zéro net!

Devenir actif – moyens concrets de protéger le climat avec myclimate:

Il existe bien d’autres possibilités de plus ou moins grande ampleur pour protéger le climat de manière concrète en entreprise, et vous en trouverez une présentation visuelle dans le Guided Tour ou le Free Tour de myclimate.

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